vendredi 19 avril 2013

Pourquoi bloquez-vous au milieu de votre roman ? LA solution pour s’en sortir

Homme escaladant une montagne enneigée.
La Tâche, la clé du problème.

L’écriture s’apparente à un long voyage initiatique fait d’épreuves où l’auteur cherche tant bien que mal à mettre en vie ses personnages, modeler son univers par touches successives et raconter une histoire.

Ce dernier élément est fondamental dans un roman. Pourtant, s’il est facile d’amorcer un tel projet, quand est-il de le mener à son terme ? Qui ne sait jamais retrouver bloqué au milieu de son récit, ne sachant quelle route emprunter, ni de quelle façon ?

C’est un véritable cauchemar que d’avancer non sans souffrance à travers des scènes qui réduisent les champs du possible jusqu’à vous mener devant un mur insurmontable. Voici donc quelques indications sur le sujet.

Le milieu, un passage difficile, mais ô combien nécessaire


Le milieu reste une étape charnière puisque c’est à ce moment que le lecteur est lancé dans le vif du sujet, c’est là que le protagoniste rencontre les premières complications. Ce que nous pouvons représenter sous la forme d’une image. En racontant une histoire, vous dirigez une barque de fortune en direction d’une destination, une île qui signe l’aboutissement de votre périple.

Lorsque vous commencez votre périple, vous êtes tout enthousiaste. Vous vous éloignez rapidement de la côte et l’île vous paraît si proche.

Mais, une fois en plein océan, il est facile de penser que vous n’avancez pas ; la côte depuis laquelle vous naviguez et l’île que vous comptez rejoindre ne vous semblent plus si prêtes. Votre motivation baisse et l’ombre de l’abandon commence à pointer le bout de son nez.

C’est là que la plupart des écrivains, y comprit moi-même, se retrouvent coincés dans leur écriture. Nous n’avons aucun problème à partir de situations dramatiques, ni même à leur trouver une fin. Mais, le milieu est une sorte de pente raide. Alors, comment pallier cet essoufflement ?

La clé du succès : la Tâche


Souvent, des bruits de couloir arguent que connaître la fin de notre récit nous permettrait de mieux le conduire. Je ne suis pas d’accord.

Un auteur comme Stephen King n’a presque jamais bâti de plan. Il part en effet d’une situation et s’interroge sur les réactions des personnages sans déterminer le dénouement à l’avance. Par exemple, dans Désolation, un policier devient fou et emprisonne d’honnêtes citoyens.

Dit comme ça, vous avez du mal à cerner le développement de l’intrigue.

Je vous conseille justement de vous poser quelques questions, avant d’écrire votre livre. Vous savez que je n’aime pas les choses dictées d’avance qui restent figées et je ne pourrais choisir une fin en amont parce que je n’aime pas à penser que je ne peux pas changer de direction en cours de route.

Le sens de l’histoire : Quel est le but du protagoniste ?

Enjeu : Que se passera-t-il, si le protagoniste échoue ?

Exigences : Quelles sont les conditions pour que le protagoniste atteigne son objectif ? Quels sont les antagonismes (défauts, ennemi, etc.) qui pourraient l’en empêcher ?

J’aimerais vous expliquer un élément important. Prenons un exemple au hasard. Allez ! Celui du roman de science-fiction 22/11/63 dont le synopsis suit :

22 novembre 1963 : 3 coups de feu à Dallas. Le président Kennedy s’écroule et le monde bascule. Et vous, que feriez-vous si vous pouviez changer le cours de l’Histoire ? 2011. Jake Epping, jeune professeur au lycée de Lisbon Falls dans le Maine, se voit investi d’une étrange mission par son ami Al, patron du diner local, atteint d’un cancer. Une « fissure dans le temps » au fond de son restaurant permet de se transporter en 1958 et Al cherche depuis à trouver un moyen d’empêcher l’assassinat de Kennedy. Sur le point de mourir, il demande à Jake de reprendre le flambeau. Et Jake va se trouver plongé dans les années 60, celles d’Elvis, de JFK, des grosses cylindrées, d’un solitaire un peu dérangé nommé Lee Harvey Oswald, et d’une jolie bibliothécaire qui va devenir l’amour de sa vie. Il va aussi découvrir qu’altérer l’Histoire peut avoir de lourdes conséquences…

Le sens de l’histoire : Jake Epping, par un concours de circonstances et d’amitié, a pour mission d’empêcher le meurtre du président, censé survenir cinq ans plus tard.

Enjeu : Peut-on changer le passé ? Si Kennedy avait vécu, que se serait-il passé pour la lutte des droits civiques, pour le Vietnam, pour la guerre froide, puis pour la guerre du Golfe ?

Exigences : Jake a cinq ans pour réussir sa mission. Il découvre bien assez vite que ce n’est pas chose aisée, que le passé se débat et use de tous les stratagèmes possibles pour l’empêcher de mener son projet à bien.

Mais si vous avez trouvé l’objectif de votre histoire, il vous manque encore 80 % de votre récit ! Comment le personnage va-t-il s’y prendre pour atteindre ce but ? C’est là que rentre en jeu la Tâche qui constitue grosso modo l’activité principale entreprise par votre personnage pour atteindre son objectif. Que fera-t-il pendant ces fameux 80 % du livre ?

Pour résoudre une enquête, certains personnages utiliseront plutôt leur intelligence (la série des Sherlock Holmes, ou encore l’inspecteur Rouletabille dans Le Mystère de la chambre jaune par exemple), ou la force (la série des Matt Scudder…).

La façon dont un personnage cherchera à atteindre son objectif fait partie intégrante de sa caractérisation, et la renforce. Vous devez trouver une Tâche suffisamment intéressante et originale pour accrocher le lecteur durant le milieu de votre récit.

Un dernier exemple, notre personnage veut trouver un emploi. Voici différentes tâches qui me viennent à l’esprit :

  • Se déguiser en femme ;
  • se convertir dans le banditisme ;
  • tuer tous ses concurrents ;
  • se construire un faux diplôme (ce qui peut être une source de conflits majeurs) ;
  • pratiquer un travail en deçà de ses qualifications et monter les échelons ;
  • prendre l’identité d’une autre personne ;
  • voyager dans un autre pays ;
  • s’engager dans l’armée ;
  • travailler pour un beau-frère qu’il déteste ;
  • devenir auteur ou acteur ;
  • etc.
J’avoue qu’il y a des tâches plus ou moins potables et d’autres qui pourraient trouver d’autres déclinaisons. Mais, cela montre qu’il existe une infinité de possibilités qui, une fois transposées à un contexte particulier (la prohibition par exemple ou le krach de 1929) et des personnages forts, peuvent changer toute la donne. Réfléchissez à votre tâche deux fois, avant de vous lancer dans l’écriture. Réfléchissez bien à la façon avec laquelle le personnage compte atteindre ses objectifs.

D’ailleurs, nous pouvons même parler de sous-tâches qui sont des tâches intermédiaires à la grande Tâche. Par exemple, pour la tâche (se convertir dans le banditisme), on pourrait avoir les sous-tâches ci-dessous :
  • Quitter sa femme enceinte pour protéger sa famille ;
  • réussir son initiation auprès de la mafia, en réalisant quelques petites affaires ;
  • première grosse mission : récolter les taxes d’un commerçant armé peu craintif ;
  • accusé de trahison, sa famille est menacée, prouver son innocence en trouvant l’indic ;
  • construire de fausses preuves pour faire plonger un collègue (il est prêt à tout pour sauver sa femme) ;
  • etc.
En déterminant les sous-tâches, on a bien notre milieu. Miracle ! Pour les détracteurs de la planification, dont votre cher serviteur, vous pouvez au moins déterminer la Tâche principale. Essayez de varier les genres, car plus vous aurez de sous-tâches originales, plus l’intérêt du lecteur sera important pour votre œuvre. Vous pouvez vous aider des 36 situations dramatiques pour commencer.

J’espère que vous avez apprécié cet article qui pose un concept fondamental. Avez-vous des questions et des exemples de tâches en têtes ? Si oui, que diriez-vous d’un catalogue collectif de tâches et de sous-tâches de livres, de films et de séries télévisées ?

Bien à vous !

P.-S. À ma connaissance, le terme de Tâche revient à Cédric et Julien Salmon. Ils l’ont théorisé dans cet article de leur blog HIGH CONCEPT avec un exemple décrypté et vous l’expliqueront mieux que personne dans une optique scénaristique.

7 commentaires:

  1. merci beaucoup pour les articles de ton blog, ils sont très vivifiants. Moi personnellement, j'ai un blog destiné à faire partager les fruits de mon imagination à des lecteurs, mais je manquais de motivation et de conseils, choses que tes billets m'ont redonné avec tant de facilité merci ;
    au fait, voici le lien pour mon blog : http://tiger-donald.blog4ever.com/

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    1. Merci beaucoup pour vos compliments !

      J'ai visité rapidement votre blogue et votre prologue m'a intrigué. Je compte repasser bientôt pour lire la suite et avoir un avis global.

      Bonne continuation !

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  2. Ce commentaire a été supprimé par son auteur.

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  3. Bonsoir,

    (Petit aparté: désolée, j'ai supprimé mon ancien commentaire, il me manquait un bout de phrase et il n'y avait pas de fonction Modifier ;p)

    J'ai lu quelques uns de vos articles et je ne savais pas vraiment dans lequel j'allais intervenir. Ils sont tous très intéressants. Il y a un détail dans ce que vous avez dit ici qui m'a décidé à écrire, c'est lorsque vous dites qu'il ne faut pas imaginer de fin.

    Lorsque j'avais 16 ans, j'ai commencé à écrire ce que j'appelais "mon roman". Depuis cet âge là, il y a maintenant 9 ans de cela, je me dis que je veux que mon livre se trouve parmi les autres livres de la librairie, même s'il n'est pas aussi connu que Harry Potter, ou le Seigneur des Anneaux, ou mes favoris de la Fantasy, les livres de David Eddings et de Terry Goodkind.

    Donc, après avoir lu quelques uns de vos articles, je me trouve plein de défaut ;) Je veux écrire un roman avant d'avoir gagné ma vie pendant 5 ans avec des nouvelles (article des interviews de l'auteur du Trône de Fer, que je n'ai jamais lu et vous remarquerez que j'en ai oublié le nom), je veux une trilogie, mais avec toutes mes idées, ça tendrait vers 4 et 4, c'est pas bien comme chiffre je trouve, j'ai une fin bien en vue, mais plusieurs fois, depuis les années, j'ai changé.

    J'ai un univers bien en tête, même s'il me manque des tas de détails. Mes premières 2 parties, qui faisaient en tout 50 pages Word, si je les relis aujourd'hui, je meurs de honte. En effet, comment j'écrivais à l'âge de 16 ans, ce n'est plus ce que je veux maintenant. C'est pourquoi il y a quelques années, je me suis mise à la réécriture, et me voilà à la moitié de la première partie, avec plus de 50 pages Word et je me targuais de voir qu'en format livre de poche, j'atteignais déjà les 300 et quelques pages. Mais voilà, la moitié, avec des idées de la première fin plein la tête, plus très sûre d'où je veux la mener, avec des idées de la suite, et puis la voilà la moitié, le séchage comme dans votre autre article. Le manque de temps, le boulot (eh oui, on a quitté l'école), mais toujours ces étoiles dans les yeux à chaque fois que je passe devantune librairie. A raconter tout cela, spontanément, je me dis qu'une autobiographie se paufine ehehehe! Non, je n'oserai pas, ma mémoire me fait trop défaut.

    Bref, je me retrouve avec mon bouquin, j'ai des envies de publication, j'ai envie de recommencer à écrire car ça doit faire au moins 2 ans que je sèche et que j'ai l'impression qu'il y a de plus en plus de dialogue lorsque je relis mes derniers chapitres, et moins de description.

    Bien, ce petit cadre ne me permet pas de voir combien j'ai écrit, mais ma mémoire courte à l'impression que j'ai pas mal pianoté.

    Je vais vous souhaiter une bonne soirée et je pense que je continuerai de lire vos articles, histoire de me donner encore plus envie et de voir tout ce qui ne va pas chez moi.

    Allez! A plus tard !

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    1. Bonjour, Hélène,

      Merci de visiter ce blogue !

      C'est typiquement le genre de commentaires qui constituent à eux seuls des textes d'auteurs à part entières (faute de terme exact). Vous décrivez avec une grande habilité et avec finesse vos fantasmes d'écrivain qu'ils en deviennent touchants, renforçant ainsi mon empathie à votre égard (ce que peu de personnes peuvent se targuer de pouvoir faire).

      Si je comprends bien votre situation, vous tentez d'écrire une tétralogie ou dans l'idéal une trilogie. Mmh... L'entreprise est assez ambitieuse et une bonne dose de motivation est requise pour ne pas abandonner en cours de route. C'est pourquoi j'ai toujours admiré le courage de J. K. Rowling qui a planifié toute sa saga, avant même rédiger le premier tome (bien sûr, elle ne connaissait pas la fin et a changé des détails en cours de route).

      Je crois comprendre ce que vous ressentez : l'impression de vous trouver face à une infinité de portes, d'hésiter laquelle emprunter par peur d'emprunter la mauvaise direction (même si dans l'absolu, aucune n'est mauvaise). C'est le traitement comme j'ai envie de dire qui importe réellement.

      Puisque vous n'avez pas posé de barrières à votre histoire, elle est encore sujette à des changements et à des rectifications ce qui, à mon humble avis, exerce sur vous une forme de blocage (pression) renforcé peut-être par l'ampleur de la tâche et le manque de temps. Et puis, il y a 9 ans, vous n'aviez sans doute pas les mêmes références, les mêmes impératifs ou la même vision.

      À défaut de pouvoir vous donner d'autres recommandations, remettez-vous à écrire SANS vous relire, juste coucher sur le papier votre histoire, puis laisser l'histoire dicter le format (si c'est un tome ou deux). Pas de considérations secondaires. Je sens bien cette motivation, il faut vraiment l'utiliser comme levier du moment que c'est encore possible.

      Le plus difficile reste de se lancer, enfin de se relancer. Sinon, ça vous intéresserait que nous parlions davantage de votre projet, l'histoire que vous avez en tête, vos appréhensions, etc ? Parfois, un regard extérieur peut être utile pour aller de l'avant. Utilisez la page de contact à cet usage.

      Dans tous les cas, n'hésitez pas à revenir dans les horizons et partager votre opinion.

      Cordialement,

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    2. Bonjour Paul,

      Merci pour ces quelques paragraphes qui me touchent beaucoup. Je sais que je suis loin d'être la seule dans mon cas, tant de personnes ont des idées plein la tête.

      En effet, il y a 9 ans, je n'avais pas encore lu David Eddings ou Terry Goodkind. J'ai même acheté il y a quelques années le bouquin "Comment écrire de la fantasy et de la science-fiction" de Orson Scott Card, mais n'ai pas eu le temps de le lire entièrement. Je vais m'y mettre, c'est une bonne idée.

      Je n'hésiterai pas à vous contacter dans les prochains jours, car l'écriture c'est comme la foi, si on ne la partage et qu'on ne la vit pas, on ne la nourrit pas. Cela devrait donc m'aider à m'y retrouver.

      Passez une bonne journée ;)

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    3. Bonjour, Hélène, et merci pour avoir répondu rapidement !

      Je me permets de vous adresser ce court message pour vous prévenir que j'ai lu votre réponse et que je surveillerais d'un œil attentif ma messagerie.

      J'oubliais. Dans le même genre de livres, je vous recommande chaudement Écriture : Mémoires d'un métier de Stephen King. S'il fallait n'en retenir qu'un, ça serait celui-là, me concernant.

      D'ici là, bonne continuation et courage !

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