vendredi 17 août 2012

Améliorer votre style d'écriture : les secrets de Jeff Lindsay, le papa de Dexter

Photo de Michael C. Hall dans la série télévisée, Dexter.
Jeff Lindsay, auteur de la série de romans policiers, Dexter, a inspiré la série télévisée du même nom.

Savez-vous que Dexter, avant d'être une série télévisée, est né sous forme de romans, à travers la plume habile de Jeff Lindsay ?

Ce dernier a d'ailleurs consacré un article sur son parcours d'écrivain et les leçons qu'il en a tirées.

Je vous laisse juger par vous-même de ses enseignements, traduits par mes soins.

« Il ne faut pas »


Ma première vraie leçon en écriture vient de M. Bowden quand j’avais seize ans.

Dans mon lycée, il était le meilleur professeur en littérature et en écriture. Il était aussi franchement terrifiant et avait tendance à perdre facilement son sang-froid. Mais, je savais qu’il avait des choses à m’enseigner, et je voulais être dans sa classe plus que je ne désirais une voiture.

M. Bowden demanda un essai aux futurs étudiants. J’écrivais des poèmes et des histoires, depuis que j’avais appris l’alphabet. À l’âge de six ans, j’avais tenu un recueil de mes poèmes dans un livre relié. Et je savais plus de grands mots que n’importe qui en Seconde. Je pensais pouvoir décrire mon parcours.

Deux mots


Je rédigeai mon meilleur essai. J’introduisis le sujet à l’aide d’une phrase remarquable, où je déclarais vouloir devenir écrivain parce que j’entendais « émuler le verbiage » des plus grands écrivains de l’histoire.

Je reçus l’essai, quelques jours plus tard. Il n’y avait aucune note, aucun gribouillis passionné de « Merveilleux ! » Il n’y avait rien du tout, mis à part un cercle à l’encre rouge, autour de l’expression, « émuler le verbiage. » Sur le côté, également à l'encre rouge, M. Bowden avait rédigé, de manière claire et énergétique : « Il ne faut pas. »

En dépit de mon verbiage, j’entrai dans la classe de M. Bowden. Au cours des deux prochaines années, il poursuivit la première leçon de la maison d’une liste de lecture épique et d’exercices de rédaction sans fin. Je commençais à comprendre qu'il y avait une grande sagesse compliquée dans sa mise en garde en deux mots : il ne faut pas. [La citation originale est « One mustn't », NDRL]

Quelque part entre « L'Attrape-cœurs » et « Le soleil se lève aussi », la première partie du cours s’était attardée sur le fait qu'enchaîner nombre de grands mots entre eux ne fait pas de la bonne écriture. Au lieu de cela, il suffit de garder les choses simples et claires. La bonne écriture ne résulte pas du verbiage [abondance de paroles inutiles, vides de sens, NDRL], mais des mots.

La deuxième partie de la leçon paraissait peut-être encore plus fondamentale : bien écrire ne vient pas d’une émulation, quelle qu’elle soit. Cela consiste à dire ce que vous voulez dire d'une manière que personne d'autre ne peut reproduire. F. Scott Fitzgerald n'est pas Charles Dickens, et la différence va bien au-delà du temps, du lieu et du sujet traité.

C’est bien plus qu’une question de style. D’ailleurs, le style d’écriture est la partie que nous pouvons réellement voir, mais c'est juste la surface. La différence réelle se situe loin de tout cela. C'est une expression directe de ce qu’un auteur est et la raison pour laquelle il écrit.

C'est La Voix.

C’est moi


Chaque écrivain doit trouver une façon d'écrire qui parle au lecteur : c'est moi et ce n’est personne d'autre. La Voix peut être idiosyncrasique, mais elle ne peut pas être indéfinie. Il s'agit d'un mélange de style et de contenu et d’intention et de rythme et de personnalité purs. S’il est bien fait, il est si intimement relié à vous qu'il ne peut pas être dupliqué.

N'importe qui peut aligner une série de mots courts et marquants, comme « But du bon café. Il est riche et sombre. » Nous l’avons tous reconnu ; c'est Ernest Hemingway.

Mais, réunir suffisamment de ces mots pour écrire un roman, un qui nous frappe avec la force d’un marteau de forgeron comme « Pour qui sonne le glas ? » Jusqu'ici, seulement une personne a réussi à la tâche.

Mon beau-père, Les Hemingway (le frère d'Ernest), a indiqué à propos de l'écriture, « si c’était facile, tout le monde le ferait. »

Tout le monde n’écrit pas, mais ceux qui le font aiment ça : gardez les choses simples et soyez vous-même. Il le faut.

Pour aller plus loin...


Je ne peux être qu'en accord avec Jeff Lindsay. Pour améliorer votre style (je préfère l'expression préciser), le secret n'est pas dans le vocabulaire utilisé, mais les mots.

Écrivez comme ça vous vient. Ne cherchez pas la complexité.

Connaissez-vous la célèbre phrase de Buffon ?

« Le style, c'est l'homme même. » Georges-Louis Leclerc de Buffon

Ou celle-là ?

« La simplicité est la sophistication suprême. » Léonard de Vinci

Ou encore celle-ci :

« La simplicité est l'habit de la perfection. » Wladimir Wolf-Gozin

La lecture constitue aussi un moyen d'affiner davantage votre plume. En tout cas, ces tuyaux sans prétention peuvent s'appliquer à la plupart des situations :

  • Limiter l'emploi des propositions subordonnées relatives ou des adverbes, ayant tendance à alourdir inutilement votre texte ;
  • veiller au respect de la correspondance des temps ;
  • éviter les répétitions non intentionnelles (elles peuvent servir parfois à souligner, insister sur un fait) ;
  • éviter les « phrases à tiroir » (exemple : la boîte de chocolat que je reçus d'Élise de Maquis, une voisine richissime de l'amie de ma soeur, provenait de Suisse, pays dans lequel celle-ci voyagea pour des raisons professionnelles, elle est peintre, et organisa une exposition la semaine dernière où elle vendit une pléthore de ces oeuvres naturalistes à un prix exorbitant.) ;
  • traquer le barbarisme, l'anacoluthe ;
  • se méfier des équivoques (exemple : « tu mangeras le repas que tu auras préparé à midi trente » au lieu de « tu mangeras, à midi trente, le repas que tu auras préparé ») ;
  • vérifier la ponctuation.

Il existe peu de conseils en la matière. Lisez et écrivez autant que possible.

En bonus


Voici une courte interview où, lors de son passage à Marseille, Jeff Lindsay revient sur sa carrière, la création et l'avenir de Dexter.



Sinon, je vous recommande chaudement de regarder la série télévisée, si ce n'est lire les livres.

À bientôt !

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